Ils se faufilent dans la circulation à la vitesse d’un cyclomoteur, doublent les voitures et surgissent sur les pistes cyclables. Les vélos électriques et fatbikes « débridés » sont dans le collimateur de la police municipale de Clermont-Ferrand. Et si vous pensez qu’un engin trafiqué ne vous expose qu’à une petite tape sur les doigts, la réalité risque de vous refroidir.
Des contrôles réguliers en plein cœur de ville
Dans la capitale auvergnate, les agents mènent régulièrement des opérations, surtout dans le centre-ville, auprès des usagers de vélos électriques, de fatbikes et de trottinettes.
Le motif de contrôle est souvent tout simple. « Dès que quelqu’un circule sur une voie du tramway, c’est un motif pour la contrôler, mais, plus largement, on effectue des contrôles partout où il peut y avoir un conflit avec les piétons », explique Jérôme Mallet, responsable de la police municipale de Clermont-Ferrand, dans les colonnes de La Montagne.
Car comme pour les voitures, les usagers de deux-roues électriques ont des règles à respecter : interdiction d’utiliser des écouteurs, de manipuler son téléphone en roulant, ou de dépasser la vitesse autorisée, fixée à 25 km/h pour les vélos électriques. Et c’est précisément cette limite que le débridage vient faire voler en éclats.
Un vélo débridé, c’est quoi exactement ?
Reprenons les bases. En France, pour être considéré comme un vélo à assistance électrique (VAE), un deux-roues doit respecter trois règles :
- L’assistance doit se couper au-delà de 25 km/h ;
- La puissance nominale du moteur ne doit pas dépasser 250 W,
- Le moteur ne doit fonctionner que lorsque le cycliste pédale.
Le débridage consiste à supprimer cette limite, le plus souvent via un boîtier, une puce ou une intervention logicielle.
Résultat : le moteur continue de pousser bien au-delà de 25 km/h, et l’engin peut alors atteindre 40 à 50 km/h, parfois davantage. Le hic, c’est qu’aux yeux de la loi, ce vélo n’en est plus un : il bascule automatiquement dans la catégorie des cyclomoteurs et devient un engin non homologué.
Le cas des fatbikes
Reconnaissables à leurs gros pneus larges, les fatbikes électriques sont particulièrement concernés. Prisés pour leur look de petite moto, certains modèles se retrouvent facilement débridés et circulent à des vitesses très éloignées des 25 km/h autorisés, souvent entre les mains d’un public jeune. Un cocktail qui explique pourquoi ils attirent particulièrement l’œil des forces de l’ordre.
Pourquoi c’est un vrai problème de sécurité
Au-delà de l’infraction, le danger est réel. Un VAE est conçu pour rouler à 25 km/h : ses freins, son cadre et ses pneus sont dimensionnés pour cette vitesse.
Poussé à 50 km/h, l’engin devient risqué, avec des distances de freinage allongées et des systèmes de sécurité qui ne suivent plus forcément. De quoi transformer une simple chute en accident grave, pour le cycliste comme pour les piétons qu’il croise.
Ce que vous risquez vraiment
C’est là que ça pique. Rouler avec un vélo débridé sur la voie publique est purement et simplement illégal, et les sanctions dépassent de loin la simple contravention. Le Code de la route prévoit, dans les cas les plus lourds, jusqu’à 1 an d’emprisonnement, 30 000 € d’amende, une suspension du permis de conduire pouvant atteindre 3 ans et l’immobilisation, voire la confiscation du véhicule. Les vendeurs de kits de débridage, eux, s’exposent à 2 ans de prison et 30 000 € d’amende.
Ces montants sont des maximums, et la sanction réellement prononcée varie selon les situations. Mais il existe un autre piège, bien plus concret : l’assurance. En cas d’accident, l’assureur peut refuser de vous couvrir s’il établit que l’engin était débridé. Autrement dit, si vous blessez quelqu’un, vous pourriez devoir régler les dommages de votre poche. Et là, la facture peut vite devenir vertigineuse.
Envie de rouler plus vite ? Il existe une voie légale
Pour les amateurs de vitesse : la solution existe. C’est le speed bike (ou speed pedelec), un véhicule homologué conçu pour atteindre 45 km/h, avec cadre renforcé et freins adaptés. En contrepartie, il est assimilé à un cyclomoteur : immatriculation, assurance spécifique, permis AM (ou BSR) et casque homologué obligatoires, et interdiction de rouler sur les pistes cyclables.
La morale de l’histoire est simple : gagner quelques kilomètres-heure ne vaut clairement pas le risque de perdre bien plus, à commencer par son vélo. À Clermont-Ferrand comme ailleurs, mieux vaut garder son deux-roues dans les clous.
Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue pas un conseil juridique.